IA & HORIZONS La Newsletter de l'Institut-EuropIA N.9 Janvier 2026

par Chiara Sottocorona –
Experte en IA et Médias de l’ Institut-EuropIA
Édito
Au-delà des mythes de l’IA, un retour à la raison ?
Comme à chaque changement d’année, il est temps de faire des bilans. Quels parcours ont pris les IA ? Quel rôle ont-elles vraiment dans notre société ? Quelle place reste -t-il à l’humain ?
Les couvertures de la presse internationale à clôture de 2025 nous aident à faire le point.
2025
1932
Mais aujourd’hui assis à la place des ouvriers se trouvent de personnages tout puissants comme Sam Altman, Jensen Huang, Elon Musk, Mark Zuckerberg. Les nouveaux acteurs du capitalisme américain, qui devraient -selon le message de Time- nous apporter la nouvelle prospérité grâce à leurs IA. Celle-là est la vision d’outre Atlantique. Chez nous ces mêmes personnages évoquent plutôt le risque d’éclatement d’une « bulle » financière que pourrait être provoquée par les dépenses excessives dans les IA et la surévaluation des start-ups de la Tech. Une perspective de nouvelle crise financière, plutôt que de renaissance. « Les architectes de l’IA », qui au-dessus des gratte-ciels dominent le monde, ils nous rappellent surtout le pouvoir et les valeurs exorbitantes accumulées par une poignée de sociétés. Mails ils pourraient aussi tomber de cet échafaudage. L’année 2025 a poussé le Mythe de l’IA pour détrôner l’humain de ses capacités, en le dépassant. Il est temps peut-être de remettre les pieds sur terre et de raisonner sur la façon d’intégrer les outils de l’IA dans nos activités pour les rendre bénéfiques aux utilisateurs, pas seulement aux multimilliardaires de la Tech.
L'hégémonie des géants de la tech américaine
Top 10 des capitalisations boursières américaines*, en milliards de dollars
(* source Bloomberg, le 29 octobre 2025) :
Nvidia……… 5000 Billions
Apple……......4000 Billions
Microsoft……4000 BillionsAlphabet……3258 Billions
Amazon… ....2432 Billions
Meta …………1878 Billions
Tesla……… ..1541 Billions
L'IA générative, qui a permis d’accumuler d’énormes profits, devenant le nouveau moteur de l’économie américaine, n'aurait jamais vu le jour sans l'énorme réservoir de contenus, de données que nous avons mis à disposition sur les réseaux sociaux. Les géants de la Tech, qui détiennent désormais ce patrimoine, l'utilisent pour imposer au monde leurs modèles, leur visions, construites sur des choix qui ne correspondent bien souvent pas aux valeurs et aux besoins de nos sociétés européennes. Voilà un risque majeur. Le bras de fer entre l’UE et l’Amérique du Président Trump n’en est qu’au début. Cette année plus que jamais concernera notre souveraineté, nos choix dans la géopolitique, comme dans le commerce international et dans les applications de l’IA au cœur de la société.
Faut-il interdire les réseaux sociaux au plus jeunes ? Et les IA ?
Après l’Australie, premier grand pays au monde qui a interdit les réseaux sociaux aux mineurs de 15 ans, la France s’apprête à faire le même choix. Le président Emmanuel Macron a confirmé en décembre qu'il souhaite « imposer à tous les réseaux sociaux la vérification de l'âge » des utilisateurs et les interdire en dessous de « 15 ou 16 ans ». Une loi est en préparation et devrait être débattue au parlement le mois prochain. Les écrans des smartphones cette année seront aussi bannis des collèges et peut-être des lycées.
Les réseaux sociaux sont devenus le royaume de la manipulation. Ce sont désormais des environnements dont les algorithmes sont conçus pour modeler et diriger le comportement humain. Ils sont également devenus le terrain de prédilection des mafias, des narcotrafiquants et du crime organisé pour faire leur autopromotion, attirer et recruter des jeunes. Les nouvelles générations s'informent principalement sur les réseaux sociaux et les plateformes vidéo, YouTube, Instagram et Tik Tok en tête. Mais ilssont plus que jamais exposés à la fausse information : aujourd'hui Sora, le générateur vidéo d'OpenAI est à l'origine de 80 % des DeepFakes dihusés sur le Web selon News'Gard, l'organisation internationale de vérification des faits.
Selon une récente étude de l'Arcom, qui a interrogé 2.000 jeunes, plus des trois quarts d'entre eux (77 %) ont été exposés à des contenus jugés « choquants » (discours haineux, scènes de violence, pornographie), 56 % à des défis dangereux, 35 % à du cyberharcèlement, 32 % à des adultes malintentionnés (source Les Échos).
Quel risque représente donc l’usage de l’IA pour les nouvelles générations ? Le magazine britannique The Economist s’interroge avec une couverture publiée en décembre 2025 :
Il s’agit d’un débat crucial qui devient urgent au sein de notre société et de l’enseignement national. Comme petite suggestion nous vous présentons le dialogue d’un professeur et père avec ses filles.
« Conversations avec Emma et Viola sur l'avenir »
Par Giuseppe Montella
Chief marketing & design OGicer de Altermaind, professeur au PoliMi.
(Publié sur Linkedin)
Viola : « Papa, aujourd'hui, le prof de maths a dit qu'on ne devrait pas utiliser l'IA pour les devoirs. »
Emma : « Oui, tout le monde dit que l'IA est en train de ruiner notre génération, qu'elle nous rend paresseux, que nous ne devrions pas l'utiliser. »
Papa : « Je comprends le scepticisme. Dans beaucoup d'écoles, les profs s'inquiètent parce qu'ils n'ont pas eu le temps de se mettre à jour ou de vraiment comprendre comment fonctionne l'IA. »
Viola : « Mais on regarde tous des vidéos sur YouTube où l'IA nous donne des cours d'histoire ou résout des exercices… pourquoi les profs ont peur ? »
Papa : « Parce qu'ils ont peur que tu arrêtes de faire travailler tes méninges. Et sur ce point, ils n'ont pas tout à fait tort. »
Emma : « Alors, il vaut mieux ne pas l'utiliser ? »
Papa : « Non. Il vaut mieux ne pas l'utiliser comme un raccourci. L'IA est un nouvel outil : comme une calculatrice, comme Internet. Si tu l'utilises pour éviter d'apprendre, elle te freine. Si tu l'utilises pour mieux apprendre, elle te fortifie. »
Viola : « Et comment bien l'utiliser ? »
Papa : « En combinant plusieurs choses. La première, c'est la pratique : essayer soi-même, même si l’on fait des erreurs. La deuxième, c'est l'expérimentation : plus on essaie, plus on se trompe, mieux on comprend ce qui fonctionne. La troisième, c'est la curiosité : se poser des questions, chercher le pourquoi, le comment, pas seulement la réponse. »
Emma : « Et où intervient l'IA ? »
Papa : « C'est une alliée. Elle aide à envisager des alternatives, à mieux expliquer un concept, à améliorer un texte. Mais elle ne peut pas remplacer l'essentiel. »
Viola : « Lequel ? »Papa : « Le jugement. Savoir si une réponse est bonne, si elle est logique, si elle est correcte. Et cela ne peut se développer qu'avec la raison. »
Emma : « Alors les enseignants craignent que nous passions à côté de cet aspect.»
Papa : « Exactement. Le véritable défi n'est donc pas de dire oui ou non à l'IA. C'est d'apprendre à vivre avec ces outils de manière logique et intelligente. »
Viola : « Ce n'est pas facile… »
Papa : « Non. Mais c'est une compétence essentielle. Tu verras… que les nouveaux outils ne changent rien par eux-mêmes : la dihérence vient de ceux qui les utilisent avec pratique, curiosité et responsabilité. »
De l’Agentic AI à la Physical AI : le futur selon Nvidia
Jensen Huang fondateur et CEO de Nvidia, la société la plus évaluée de la planète, encore une fois, en ce début de 2026, a été le protagoniste du CES de las Vegas, la plus importante foire des technologies qui indique en janvier les trends de l’année.
Si en 2025 il avait annoncé le concept de « Physical AI », maintenant il a concrétisé sa
réalisation en introduisant une série d’innovations technologiques.
The Rubin Plateform : un nouveau set de six processeurs « To push AI to the next frontier » selon les mots de Huang, qui sont intégrés dans une « GPU » conçue pour l’entrainement et le fonctionnement de l’IA agentique, plus puissante, mais aussi moins énergivore.
AI Open Model builder - un écosystème pour réaliser avec les super computers de Nvidia des modèles de AI open-source et spécifiques aux 6 secteurs :
Clara for Biomedical AI
Earth-2 for Climate science,
Neutron for Agentic AI
Groot for Robotics and embedded AI
Cosmos for Physical AI
Alpamayo for Autonomus Vehicles
Un partnership avec Siemens et Mercedes Benz a aussi été annoncé. C’est un virage à 360 degrés ce qui Jensen Huang a décrit dans sa Conférence au CES :
Ici le vidéo : https://youtu.be/0NBILspM4c4
Nvidia n’est plus seulement le plus important producteur de chips pour l’IA. L’ambition de Huang est de la transformer en un acteur de premier plan pour le futur de l’IA, ainsi que de la robotique et de la voiture autonome.
Le prochain RDV :
Le World AI Cannes Festival (WAICF) revient pour sa 5e édition les 12 et 13 février 2026, au Palais des Festivals de Cannes.
Avec plus de 10 000 participants attendus, 320 speakers de premier plan, et 220 exposants, le WAICF s’impose comme le rendez-vous incontournable pour découvrir les toutes dernières innovations en intelligence artificielle, comprendre les grands enjeux du numérique et rencontrer les décideurs qui transforment les organisations.
Créée en partenariat avec l’Insitut-EuropIA, la Ville de Cannes et le Département des Alpes-Maritimes, le WAICF est le rendez-vous phare pour suivre l’évolution de l’IA.






